29.10.2007

L'architecte ruthénois François Bédrune interrogé par Midi Libre

c407896124b4b39e4d90305bb540b827.pngF. Bédrune : « On tend vers la maison écologique »
Architecte installé à Onet, il fait aussi partie de Canopée, seule association aveyronnaise à se préoccuper de la problématique écologique liée à l'habitat. Il nous livre son point de vue à quatre jours de l'ouverture du salon de l'habitat à Rodez

Pouvez-vous nous parler un peu de Canopée ?


L'association est née il y a quatre ans à l'initiative d'un petit groupe qui a décidé de se préoccuper des problèmes écologiques de l'habitat, ainsi que de tous les points liés à l'environnement. Avec, un but : promouvoir les économies d'énergie et les énergies renouvelables.
Nous donnons des conférences, aidons les maîtres d'œuvre publics (c'est le cas pour deux lotissements actuellement en chantier à Aubin et Cransac), et nous sommes un réseau d'échanges pour les gens qui ont envie de construire.
Au départ, nous étions douze, nous sommes aujourd'hui cent cinquante environ.

Vous évoquez les économies d'énergie. Est-ce à dire que si l'on fait attention, on peut se passer des énergies renouvelables ?

Si nous voulons combattre l'effet de serre, il faut jouer sur trois volets : les économies d'énergie, les performances énergétiques et les énergies renouvelables. Si nous n'en prenons qu'un seul, nous n'y arriverons pas.

Mais la maison écologique, existe-t-elle vraiment ?


Vraiment ? Non ! Surtout en France où l'on ne trouve pas encore toutes les techniques pour cela. Mais on y tend. Bien que peu de gens aient les moyen de la réaliser. Une maison écologique, cela serait une habitation où l'on consomme le moins possible. Cela passe par plusieurs choses : une bonne adaptation au site et au climat, une bonne protection solaire, et une très bonne isolation.
Ensuite, les matériaux jouent un rôle, et ce, à plusieurs niveaux : par rapport à leur propre consommation énergétique. Je m'explique : pour en fabriquer certains, il faut plus d'énergie que pour d'autres. C'est ce que l'on nomme l'énergie grise qui prend en compte toute la chaîne : de l'extraction ou de la culture du matériau jusqu'à sa déconstruction (son recyclage), en passant par sa transformation, son transport et son stockage. Par exemple, la terre crue est celui qui consomme le moins, à l'inverse de l'aluminium et des isolants très performants.

Et pourquoi trouve-t-on si peu de maisons de ce type en France ?


48f6e78b99d8c0c57e0f0797d4483715.jpgAujourd'hui, nous manquons de projets pilotes en France, et l'on ne prend en compte que quelques critères mais pas la globalité. À l'image des maisons dites passives . Cela est principalement dû au manque de volonté politique.
On parle beaucoup de maison HQE (Haute qualité environnementale). Mais cette norme ne porte que sur trois ou quatre cibles sur quatorze. Car cela induit une grande technicité. Et là, ce n'est plus un problème de coûts, mais de compétences : peu de gens sont formés.
À l'inverse, les chauffagistes et électriciens maîtrisent bien la performance énergétique. Mais si l'on veut construire une maison en paille par exemple, c'est galère !

À ce point ?

J'ai un client qui voulait faire bâtir sa maison en brique "monomur". Il a été obligé de renoncer, l'entrepreneur ne voulait pas travailler ce matériau.

Mais alors pourquoi les constructions écologiques se développent-elles beaucoup plus ailleurs, comme, par exemple, en Scandinavie ou en Allemagne ?

Beaucoup l'expliquent par les choix énergétiques faits. En France, nous avons privilégié le nucléaire pour avoir une énergie bon marché et à profusion. Les pays où cela n'était pas le cas ont fait de gros efforts en matière écologique.

Mais la maison écolo : est-ce un effet de mode ou un réel engouement ?


Les gens sont vraiment intéressés, notamment depuis deux ans. Cela s'ouvre, ils posent beaucoup de questions. C'est médiatisé, et cela fait que les gens s'y intéressent et prennent conscience.

Rester le coût de ce type de construction, non ?


Au départ, si l'on intègre la conception et quelques règles de bon sens, il y a ensuite très, très peu de surcoût par rapport à une maison "classique".
En revanche, il peut y en avoir après, lors de l'installation de systèmes d'énergies renouvelables.

Propos recueillis par J.-F. CODOMIÉ

Les commentaires sont fermés.